Bonjour à toutes et à tous,
Début janvier, dans la première vidéo de ma chaine Youtube – un vlog d’écriture loin d’être parfait – je vous proposais de me suivre dans les premières étapes de la réécriture de mon roman Le Refuge.
Parmi celles-ci, la réalisation d’une frise chronologique. Vous avez été plusieurs à me demander à vous en parler plus en avant. Je profite aujourd’hui d’avoir un peu de temps pour vous présenter cet outil essentiel pour maîtriser le temps dans son roman.
Belle découverte !
Maîtriser le temps dans son roman : erreurs et difficultés
Soyons honnête : maitriser la chronologie de son roman fait partie des choses les plus compliquées. Deux jours avant, trois jours après, deux heures plus tôt… Rien de tel pour s’emmêler les pinceaux ! De peu que vous ayez plusieurs points de vue et plusieurs histoires parallèles, le respect de votre chronologie peut vite tourner à l’arrachage de cheveux…
#1 Vous perdre vous-même
Une maîtrise approximative de votre chronologie peut vous mener à vous mélanger dans votre propre récit et à faire des erreurs de cohérence assez importantes.
C’était sans compter les points de vues et les histoires parallèles. Plus vous avez des narrateurs différents avec des histoires qui s’entrecroisent les unes les autres, plus vous avez besoin de maitriser votre chronologie pour éviter les erreurs grossières…
#2 Perdre son lectorat
Au-delà de vous perdre vous-même une mauvaise gestion de votre timeline risque aussi de perdre votre lectorat.
D’une part, il risque de remarquer les incohérences et les manquements de votre intrigue qui résulte de votre désorganisation.
D’autre part, il risque de se perdre dans vos explications : deux heures avant, trois heures plus tard, quatre jours après, jeudi en huit… et que sais-je encore 😉
Bref : vous le savez certainement si vous écrivez depuis quelques temps : écrire le temps est une galère sans nom.
Deux solutions pour maîtriser le temps dans son roman
Pour éviter les deux écueils précédemment évoqués, deux solutions sont à votre disposition : noyer le poisson ou créer une timeline. Aucune n’est meilleure que l’autre mais chacune ne pourra pas forcément s’adapter à votre histoire.
#1 Noyer le poisson
Nombre de récits et d’écrivain·e·s décident de ne pas faire appel à de marqueurs temporels trop stricts pour éviter de s’embêter avec ce point. Je pense notamment à JRR Martin qui reste assez vague sur les dates et qui a conçu un système de saisons flexibles (pour ne pas dire complètement WTF) afin de ne pas s’emmêler dans ses différentes histoires.
Cela peut totalement être envisageable – mais devient compliqué si vous intégrez des éléments datés au milieu de votre intrigue (11 septembre 2001, 14 juillet 1789…).
#2 Créer une frise chronologique
Une frise chronologique est une ligne de temps sur laquelle on place des éléments – en l’occurrence, des actions, des scènes et/ou des chapitres – de façon à s’arranger pour que tout soit bien cohérent et logique.
Plusieurs remarques sur cet outil :
- Une frise chronologique peut être non datée – je vous parlais de JRR Martin juste avant, il en a très certainement une de ce genre. Il lui suffit simplement de savoir quand les différentes actions sont faites dans l’ordre chronologique de façon à dérouler son histoire sans incohérences.
- Il est possible de faire cette frise en amont de son texte ou en aval (au moment des corrections). Pour ma part, j’ai tendance à faire une frise sommaire dans un premier temps pour l’écriture et à la complexifier un peu si nécessaire.
- Attention à ne pas trop en faire non plus. On en a parlé précédemment mais un roman comme Games of Thrones – plutôt costaud niveau intrigue — se permet d’être léger en terme de chronologie. Vous n’êtes pas obligé d’envoyer des tonnes de détails non plus dans votre texte au risque de devenir lourd·e et potentiellement… de mélanger votre lectorat aussi. Celui-ci n’aura pas une frise pour suivre votre texte !
Ma méthode pour générer une frise chronologique
Une frise chronologique peut être créée au moment de la planification (avant l’écriture) ou en amont de la réécriture, de façon à avoir les idées bien claires lors de celle-ci. Pour ma part, j’aime fonctionner en deux étapes : une chronologie brute (sans date) pour la planification et une chronologie plus précise (avec date) pour la réécriture.
A noter quand même : certains de mes récits ne comportent pas de dates précises. Pour mes deux derniers romans cependant (Des hommes et des médias et Le Refuge) où une grosse partie de l’intrigue se passent sur des temps courts (respectivement deux semaines et deux mois), il m’a fallu une timeline précise pour m’y retrouver.
Frise 1 – La frise brute
Au moment de la planification de votre roman, quand les idées de scènes pleuvent et que vous commencez à distinguer votre texte, vous êtes en capacité de faire une frise chronologique assez simple.
Faites la liste des différentes actions / péripéties / retournement de situation de votre texte. Vous pouvez leur donner un numéro (il n’est pas lié à un ordre précis et sert juste à les identifier) ou leur donner un titre court.
Une fois votre roman ainsi résumé, tracez une ligne sur un carnet et commencez à placer vos différentes actions les unes par rapport aux autres. Il s’agit ici de les placer sur une ligne temporelle et pas forcément dans l’ordre où vous allez les révéler dans le roman (certains actes peuvent être cachés, d’autres peuvent être vécu par des personnes qui n’apparaissent pas tout de suite ou encore vous pouvez raconter votre roman dans le désordre…).
Cette frise vous sert pour l’écriture, afin d’être bien au clair sur les rapports de cause / conséquences.
Frise 2 – La frise précise et détaillée
Selon la nature de votre récit, il est possible que la frise précédente ne soit pas suffisante. Pour mon travail de réécriture sur mon roman Le Refuge, j’ai opté pour une frise détaillée, scène par scène. En effet, ce roman se déroule sur un temps assez court (deux mois) et me semblait nécessiter une certaine rigueur dans les dates.
Pour cela, j’ai commencé par faire un plan récapitulatif de l’ensemble des chapitres et des scènes se déroulant dans mon roman. J’ai opéré une relecture et noté chaque chapitre et chaque scène sous la forme d’une ligne. Cela me permet de voir mon intrigue en un coup d’oeil.
Ensuite, j’ai tracé ma ligne de chronologie. Elle démarre cinq ans avant le début du roman afin que je puisse y placer des informations antérieures à mon intrigue mais importante.
Je suis ensuite venue placer mes différentes scènes et chapitres sur ma ligne avec d’un côté le numéro de chapitre et de scène et de l’autre, mes dates et mes jours précis.
Maîtriser le temps : quelques pièges
Ecrire le temps est une difficulté importante, notamment au moment de l’enchaînement des intrigues et des réécritures. Je vous glisse ici quelques pièges qu’il me semble important de vous révéler au moment de créer votre timeline.
#1 Les temps de déplacement
Une incohérence classique liée aux genres de la fantasy/ fantastique est la notion de temps de voyage… Attention à prendre en compte les distances et les temps de déplacement.
Exemple : Un endroit à deux jours de cheval ne doit pas pouvoir être rallié en deux minutes par vos personnages – sauf magie spéciale ou explication rationnelle 🙂
#2 Les temps de prise d’information
Là encore, il s’agit plus d’une erreur qui peut être faite dans des textes de fantasy / fantastique (et plus largement dans des mondes où le téléphone n’existe pas / ne peut pas être utilisé). Pour un récit logique, prenez en compte le temps de transmission de l’information.
Exemple : Envoyer un pigeon voyageur demande quand même un peu de temps – aller / retour – de même pour l’envoi d’un messager à cheval ou à pieds.
#3 Le voyage dans le temps
Le concept même de voyage dans le temps est un piège gigantesque qui défit les lois de la cohérence et peut mettre votre roman à mal en un claquement de doigts 😉 Attention à mettre au clair l’ensemble des règles de votre monde et à bien les exposer au lecteur pour que tout soit stable…
Exemple : Prenez un roman que j’adore : Le tome 3 d’Harry Potter, Le prisonnier d’Azkaban. Honnêtement, j’aime cet univers et tout et tout, mais. Une fois que vous avez découvert la puissance du retourneur de temps, comment vous expliquez qu’un événement comme la renaissance de Voldemort soit possible en année 4 ? Pourquoi ne remonte-t-on pas simplement le temps pour supprimer le sort du Portoloin ? (Oui, j’ai revu le 3 et le 4 ces deux dernières semaines et j’avoue que ça me perturbe…)
#4 D’autres pièges
Vous vous êtes déjà fait·e avoir par d’autres pièges temporels qui ont rendus votre texte branlant ? N’hésitez pas à m’en faire part dans les commentaires 😉
Soyons honnête, écrire le temps, dans un roman, est un exercice difficile et piégeux. C’est aussi un bon moyen pour se faire vriller le cerveau… Mais il est essentiel d’avoir des outils et des astuces pour construire un récit cohérent.
Quels sont les vôtres ?
Bisous masqués,
Marièke
3 comments
Bonjour je suis arrivée par Hasard sur votre site je débute comme auteure, je me réjouit de vous suivre lire vos données c’est formidable, belle soirée Stéphanie
Merci pour votre message d’encouragement et bonne visite !
Bonjour, j’ai déjà découvert votre blog par le passé et vraiment il est d’une utilitée remarquaable!!! J’adore tous simplement, merci infiniment de nous partager vos conseils si précieux!! j’écris mon roman et j’ai 1 million de questions!!! Vous y répondez plutôt bien et c’est un miracle sincérement !!!
Encore merci et continuez ainsi!!!
Marion