Travailler dans l’édition : le Graal pour bon nombre d’entre nous. Et pourtant, on le dit et on le répète : les chances d’entrer dans l’édition sont minimales. Que dis-je ? Infinitésimales. Le secteur est bloqué, l’édition n’embauche pas. Voilà ce qu’on nous répète à l’envie. Mais quand sait ce on si sûr de lui après tout ? Est-il si impossible d’entrer dans le secteur de l’édition ? Comment se former pour travailler dans l’édition ? Lors d’une conférence éponyme au Festival du Livre Paris, des membres du Syndicat national de l’édition (SNE), de l’Asfored et du Master édition de Saint-Cloud (Université Paris-Nanterre) ont partagé des données intéressantes et expliqué comment augmenter ses chances de travailler dans l’édition.
💻 Pourquoi cet article ? Comme beaucoup d’entre vous, j’ai entendu que travailler dans l’édition était difficile. Impossible même. Pourtant, je sais que nombreuses et nombreux sont les candidates et les candidats pour travailler dans l’édition. Aussi, quand j’ai vu le sujet de cette conférence au FDLP, j’ai décidé d’y passer une tête. Cet article est un retour de ce qui y a été partagé.
Avant de commencer : le secteur de l’édition et du livre, un secteur qui évolue
Le secteur de l’édition s’est peu à peu éloigné de celui de la culture pour rejoindre celui du consumérisme. L’objet livre est devenu un outil de consommation, presque comme un autre, et si on peut questionner cet état de fait, cela a modifié la façon dont les maisons d’édition travaillent ainsi que les métiers qui existent dans l’édition.
En vrac :
- Le secteur est de plus en plus intéressé par des profils à l’aise en marketing digital et sur les réseaux sociaux – alors même qu’il était plutôt frileux et réticent à ces usages auparavant ;
- Dans la lignée de ce premier changement, le travail avec les influenceurs (littéraires ou non) s’est beaucoup développé et est devenue une part importante de la communication ;
- Le succès des podcasts et des livres audio est tel que les maisons d’édition ne peuvent aujourd’hui plus ignorer ces outils de diffusions ;
- Si la diffusion aux librairies était, par le passé, le canal de ventes principal, d’autres actions existent aujourd’hui : vente en ligne, crowdfunding (campagnes Ulule…), création de coffrets spécifiques, livre audio…
- De nouveaux genres se développent et plaisent : les maisons d’édition doivent sans cesse se réinventer.
#1 Il existe bien d’autres métiers qu’éditeur
Première chose à savoir si vous souhaitez travailler dans l’édition : le métier d’éditeur (ou d’éditrice) n’est pas le seul métier qui existe dans l’édition.
Aussi, pour augmenter vos chances de travailler dans l’édition et sur l’objet livre, il peut être intéressant de regarder ce qui existe autour de ce métier :
- Métiers de l’édition, travail éditorial : Éditeur(trice), Assistant(e) d’édition, etc.
- Métiers de la fabrication : Chef(fe) de fabrication du livre, Correcteur(trice), Graphiste, etc.
- Métiers de la diffusion : Représentant(e), Traducteur(trice), Gestionnaire de cession des droits, etc.
Si les places d’éditeur et d’éditrice sont restreintes dans les maisons d’édition, les autres métiers peuvent satisfaire tout autant votre amour du livre en offrant plus de débouchés.
Le SNE a créé une cartographie des métiers de l’édition (version 2024 – la version 2026 en partenariat avec l’AFDAS arrive prochainement) pour mettre en place une liste de l’intégralité des métiers que l’on retrouve dans le secteur du livre ainsi que les études nécessaires pour y accéder et les débouchés.
#2 Il y a des postes en dehors des maisons d’édition
De la même façon qu’il n’y a pas que du travail en tant qu’éditeur(trice) dans le secteur du livre, il n’y a pas du travail lié à l’édition seulement dans les maisons d’édition. En France, de nombreux établissements ont des secteurs dédiés à l’édition.
C’est le cas de nombreux organismes publiques (CNRS, musées, Philharmonie de Paris, Beaux arts de Paris, RMN…) mais aussi privés. Les maisons de luxe, telle que Chanel ou Dior, ont depuis longtemps compris la valeur de leurs fonds et les mettent en valeur par le biais de l’édition de beaux livres… pour lesquelles ces marques de renom ont besoin de professionnel(le)s du secteur du livre !
Pour trouver les offres d’emploi aujourd’hui proposées dans les maisons d’édition comme dans les services d’édition des établissements publics et des entreprises, deux sites à visiter :
#3 Il faut rejoindre la formation adaptée
Pour devenir un professionnel du livre, il est essentiel de rejoindre une formation reconnue par les professionnels et ayant des débouchés. Pour cela, tout va dépendre du métier que vous souhaitez exercer.
Pour trouver la bonne formation, voici quelques astuces, au-delà du programme :
- Vous intéresser au taux d’emploi de ses étudiants après 6 mois : cela ne dit pas tout de la qualité d’une formation mais cela donne des clés de compréhension quant à son réseau ;
- Vérifier que cette formation propose de l’apprentissage : on en reparle juste après mais l’apprentissage est particulièrement développé dans le secteur de l’édition et il est un vrai boost à l’obtention d’un emploi
- Interroger des anciens élèves ou a contrario, rencontrer des professionnel(le)s en poste et leur demander quelles formations ils ou elles ont suivi ;
- Jeter un oeil à la concurrence et au nombre de dossiers déposés : plus une formation est demandée, plus, généralement, elle est plébiscitée.
Les meilleures formations sont ainsi les plus demandées. En voilà un joli entonnoir : pour augmenter ses chances de travailler dans l’édition, il faut augmenter ses chances de rentrer dans une école… Soit, mais comment s’y prendre ?
Voici deux astuces proposées par le Master d’édition de Saint Cloud :
1. Il faut multiplier les expériences professionnelles dans le milieu du livre
« Aimer lire est plutôt banal dans le CV d’une personne candidate à un Master d’édition. Ce que nous allons regarder en priorité, ce sont les autres expériences : avoir fait quelques journées de bénévolat dans un salon du livre, avoir travaillé dans sa librairie de quartier à Noël, avoir fait des bêta-lectures… »
Autrement dit, les écoles souhaitent que leurs futurs élèves aient déjà mis un pied (un orteil) dans le milieu du livre afin d’en avoir une vision la plus proche possible de la réalité. Avoir votre compte Instagram et/ou Tiktok de lecture peut aussi être un bon moyen de prouver votre intérêt et votre passion pour le secteur. Avec une limite : le fait d’être très spécialisé(e) sur un genre en particulier peut parfois s’avérer un point faible – et il vous faudra prouver que vous savez faire preuve d’ouverture d’esprit !
2. Il n’est pas obligatoire de faire une licence de lettres
Tout comme lire n’est pas surprenant pour un(e) candidat(e) à un Master d’édition, venir d’une licence de lettres classiques ou modernes est plutôt le parcours « classique ». Et si vous pouvez totalement avoir choisi ce parcours par goût, il est important de comprendre que les Masters d’édition ne recherchent pas uniquement des profils spécialisés dans les lettres… mais aussi dans le droit, la pédagogie, la science ou la médecine. Et oui : les secteurs de l’édition scolaire, médecine et juridique recrutent énormément !
#4 Il faut passer par l’apprentissage
Le chiffre donné par l’Asfored concernant l’apprentissage est sans appel : 60% des jeunes diplômés sont embauchés dans la structure où ils font leur apprentissage. Dans le secteur de l’édition, l’apprentissage est plébiscité et est un vecteur d’embauche important.
La plupart des structures y font appel et ce, depuis longtemps. L’Asfored propose ses formations sous ce format depuis 1997 et 10 des universités proposant des Master en édition (sur 40) proposent des formations professionnalisantes en apprentissage.
Bien sûr, le rythme des étudiants de M1 et M2 en apprentissage est conséquent (entre les cours, le travail, les examens et le mémoire de fin d’études), mais le jeu semble en valoir la chandelle. D’une part, ils sont payés pour étudier et d’autre part, ils augmentent de beaucoup leur chance de travailler dans le secteur qui leur plaît !
À savoir : vous pouvez quitter votre apprentissage dès que vous êtes diplomé(e). Aussi, si vous savez qu’aucun poste ne vous attend dans l’entreprise où vous effectuez votre apprentissage, vous pouvez commencer à chercher du travail dès que vous êtes diplomé(e) et quitter votre apprentissage plus tôt si vous trouver un autre emploi qui vous ressemble plus.
#5 Il est possible de se reconvertir
Le milieu de l’édition est aussi ouvert aux personnes en reconversion. La maturité de ces candidat(e)s qui ont souvent fait le choix de tout quitter ou presque pour rejoindre un secteur qui a plus de sens est appréciée.
À l’Asfored, il existe des formations entre 1 et 365 jours pour se former aux métiers de l’édition. À l’université de Paris-Nanterre, dans le Pôle Métiers du Livre de Saint-Cloud, les Master en édition, librairie et bibliothèque accueillent chaque année des étudiants en reconversion.
Pour favoriser la réinsertion professionnelle, le parcours professionnel est alors étudié pour voir les acquis et compétences qui peuvent être réutilisées et complétées pour pouvoir travailler dans l’édition.
En d’autres termes, si vous rêvez de travailler dans l’édition mais avez travaillé dans un secteur à mille lieux de ce dernier, vous pourriez avoir des connaissances et des compétences qui intéressent une maison d’édition… Alors n’hésitez pas à tenter votre chance !
Pour conclure, il apparaît évident au travers des dires des professionnels du secteur que travailler en tant qu’éditeur(trice) de fiction reste très compliqué. Mais le secteur de l’édition est un monde vaste dans lequel il y a du travail.
Vous rêvez de travailler dans l’édition ? Quel métier souhaitez-vous y exercer ? Pourquoi ? Aviez-vous conscience qu’il existait d’autres emplois dans ce secteur ? D’autres employeurs que les seules maisons d’édition ?
Marièke 🤍