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    Les clichés du Journalisme

    Dans cette nouvelle série, le but va être de déconstruire a priori et clichés. Pour cela, je proposerai à des professionnels et des blogueurs de présenter leur métier, un domaine, un pays. Bien sûr, cela ne sera pas suffisant pour rédiger un livre et vous aurez besoin d’aller plus loin dans vos recherches. Mais cela pourrait vous permettre de remettre en cause certains de vos points de vue.

    Pour ce premier opus, j’ai envie de parler du journalisme. Certains d’entre vous le savent peut-être : j’ai été formée au journalisme et ai effectué plusieurs stages et emplois dans ce domaine. Si je n’ai jamais exercé à la TV ou à la radio, j’ai retiré de ces expériences pas mal d’infos.

    >> Petit aparté : j’ai deux séries qui demandent des contributeurs réguliers sur le blog. Celle-ci et L’écriture et vous. N’hésitez pas à me contacter via le formulaire de contact ou les réseaux sociaux pour participer.

    *****

     

    Les formes de journalisme

    Le journalisme n’a pas une seule forme. Il y a des différences selon les support (papier, radio, TV et web), la périodicité et la distribution (régionale, nationale). Ainsi, un journaliste qui travaille pour un quotidien n’aura pas les mêmes tâches qu’un journaliste qui travaille pour un hebdo. Il n’aura pas les mêmes difficultés.

    Les supports

    La presse

    C’est la forme de presse la plus ancienne. Elle existe depuis les années 1870. Elle est actuellement en crise et cela entraîne conflits, chômage, difficultés.

    La radio

    C’est certainement le média où les journalistes sont les plus précaires. Les radios nationales sont souvent le pouls des médias : c’est souvent l’interview politique du matin qui entraîne les articles des médias web de la journée et des médias papier du lendemain.

    La TV

    C’est le média le plus regardé. C’est aussi celui où il est le plus difficile de connaître les rôles de chacun : journaliste, animateur, consultant ?

    Le web

    Il est un peu à part car médias papier, TV et radio ont tous un site internet qu’ils mettent régulièrement à jour. Les sites sont plus ou moins bien faits (côté presse papier, les sites les plus beaux et les mieux fournis sont Lemonde.fr et Lefigaro.fr). Certains médias, cependant, on fait le choix d’être seulement en ligne. On les appelle pure player. C’est le cas de Médiapart (le plus grand au niveau français), de Rue89, ou encore de Slate.

    La périodicité

    Entre une radio ou une TV d’info qui doivent fournir en permanence de l’information et un mensuel qui se permet de l’analyse sur un temps long, il y a une façon très différente de faire du journalisme. Ainsi les premiers vont produire du contenu immédiat : des micro-trottoirs, des brèves, des réactions de communicants (syndicats, procureurs, …) ; tandis que les deuxièmes se veulent plus réfléchis. Les journaux quotidiens (papier ou journaux télévisés) se trouvent à mi-chemin de ces deux tendances.

    L’audience

    Régionale

    La presse régionale (Dernières nouvelles d’Alsace en Alsace, La Voix du Nord dans le Nord, Ouest France dans le Nord-Ouest, Sud Ouest dans le Sud-Ouest, Le Midi Libre dans le Languedoc, les Pyrénées, le Dauphiné Libéré dans le Dauphiné, Le Progrès dans le Rhône…) est actuellement en chute libre.

    Son modèle se base sur des pages internationales et nationales rédigées à l’agence principale et des pages locales (qui rassemblent des villes) rédigées par des agences locales. Ces agences se basent sur un réseau de correspondants locaux. Depuis quelques années, de grands groupes possèdent plusieurs journaux régionaux (Le Progrès, les DNA sont par exemple possédé par le groupe ….). Pour réduire les coûts, l’ensemble des pages nationales et internationales de ces journaux sont écrites dans l’agence nationale à Paris. Inutile de dire que pas mal d’emplois sont passés à la trappe.

    Nationale

    La presse nationale est différente de la presse régionale dans son organisation et son traitement. Elle s’organise autour de plusieurs rubriques (société, économie, sport, monde…) et chaque rubrique a un rédacteur en chef et des journalistes attitrés. En France, ces rédactions sont toutes basées à Paris. Si des événements ont lieu en dehors de Paris (France ou Monde), les journalistes font appel à des pigistes.

    Les acteur du journalisme

    Il n’y a pas un journaliste. Les acteurs sont multiples, bien au delà des plus connus que sont le journaliste et le rédacteur en chef.

    Le correspondant de presse

    La presse quotidienne régionale ne pourrait pas vivre sans ces intervenants qui ne sont pas des journalistes. Étudiants, retraités, passionnés : ils sont appelés par le journaliste qui leur confie des sujets (compétition sportive, exposition, mariage, événement particulier). Ils écrivent et prennent des photos et sont rémunérés en fonction. Les rémunérations sont assez faibles (entre 10 et 30 euros par article).

    Le journaliste en agence régional

    Chaque jour, il a en charge un page du quotidien. En général, chacun à ses communes de prédilection. Il se rend aux événements les plus spécifiques et envoie ses correspondants sur les sujets les moins problématiques (il traite les questions politiques pour éviter à ses correspondants d’être mis dans de drôles de positions). Comme le journal sort chaque jour, il travaille parfois le weekend. C’est alors plus difficile car il a aussi les pages de ses collègues à gérer. Chaque agence fonctionne avec à sa tête une chef d’agence.

    Le journaliste en presse nationale

    Il travaille pour Le Monde, Libération, Le Figaro ou même pour les pages d’informations nationales et internationales des journaux quotidien. Il vit la plupart du temps à Paris et travaille à 70% par téléphone. Selon son poste, il peut avoir un ou plusieurs articles à écrire par jour. Il a aussi un rôle de veille afin de suivre l’actualité au quotidien : pas forcément pour écrire un article mais pour être au courant et choisir ses angles et ses sujets.

    Le secrétaire de rédaction

    Il met en forme les textes rédigés par ses collègues. Il ajoute les liens, vérifie l’orthographe, peut demander des précisions, change les titres pour les rendre plus attractifs. Il a un travail d’éditeur. Il travaille à 100% devant l’ordinateur, par téléphone. Si il travaille dans la presse quotidienne, il a tellement de travail qu’il apporte uniquement des modifications de forme. Il n’a pas forcément le temps de questionner le journaliste sur le fond.

    Le rédacteur en chef

    Comme son nom l’indique, c’est lui qui décide. A partir de l’actualité et des propositions de ses journalistes, il choisit les sujets qui vont être traités et mis en avant. (Les plus engagés dans la liberté de la presse diront que non, ils ne décident plus rien et que ce sont les actionnaires qui ont le dernier mot.) D’une façon générale, le rédacteur en chef est conseillé par les rédacteurs en chef de chaque rubrique.

    Le journaliste reporteur d’images (JRI)

    Il travaille pour la télévision. Dans un monde idéal, c’est lui qui imagine, tourne et monte ses sujets. En vérité, il court pour tourner énormément d’images. N’ayant jamais travaillé dans ce secteur et n’en connaissant que des témoignages, j’accueillerai avec intérêt ici le témoignage d’un JRI / journaliste TV.

    Le pigiste, l’indépendant

    Les rédactions n’ayant pas les moyens de faire appel à des salariés et devant couvrir plus ou moins d’évènements par jour, elles font appel à des intérimaires du journalisme : les pigistes. Les piges sont des fiches de salaire délivrées à la tâche qui incluent les congés payés, des cotisations (c’est à mi-chemin entre un salaire et une facture — et le pigiste est à mi-chemin entre un salarié et un entrepreneur)… Elles peuvent être délivrée à l’article ou à la journée. Le milieu s’étant pas mal dégradé, certains rédacteurs en chef préfèrent employer des auto-entrepreneurs plutôt que des pigistes (ils n’ont pas de charges patronales dans ce cas là et les charges sont entièrement supportées par les auto-entrepreneurs). Plus d’infos par ici si cela vous intéresse.

    Les intervenants à titre gracieux

    Si vous êtes politique, romancier ou que vous avez une opinion à faire entendre, les journaux ouvrent parfois leur page et leurs sites internet à des intervenants extérieurs qui écrivent à titre gracieux. C’est du gagnant-gagnant : les journaux ne paient pas du contenu de qualité et simulateur d’audience et les intervenants bénéficient de l’audience des journaux. Ce modèle a des limites (seules certaines paroles sont entendues, le contenu factuel est délaissé pour du contenu de l’esprit, le copinage est à l’œuvre, concurrence déloyale avec les pigistes…) mais se repend assez largement.

    Les consultants

    Lors des compétitions sportives, les journalistes sont souvent accompagnés d’un ex-sportif qui apporte son expertise et ses commentaires. Des économistes, des sociologues… viennent aussi apporter leurs analyses. Le rôle du journaliste est alors de poser les bonnes questions et d’apporter les faits.

    Intervenants techniques

    Ici, j’ai surtout évoqué les rédacteurs, car c’est le job le plus rêvé et le plus concurrentiel du milieu du journalisme. D’autres professions coexistent : les imprimeurs, les commerciaux, les développeurs / informations, les graphistes…

    8 clichés sur le journalisme

    Les films et les romans ont tendance à décrire le journaliste comme un homme (ou une femme) jusqu’au-boutiste capable de tout abandonner pour ses idéaux. Dans la réalité, les journalistes sont souvent critiqués pour la proximité qu’ils ont avec le pouvoir (Trierweiller et François Hollande, Audrey Pulvar et Montebourg…). Quelle est la vérité ?

    1 – Le journaliste n’est pas un(e) superhéros

    Le journaliste est un homme (ou une femme) comme les autres. Il peut avoir envie de gagner de l’argent, de ne pas travailler le weekend pour voir ses enfants, de ne pas se mettre dans des situations compliquées. Si certains sont comme les films les montre des intrépides prêts à partir à l’autre bout du monde pour découvrir la vérité sur telle ou telle guerre, d’autres n’ont pas ce courage (cette inconscience ?).

    2 – Les places sont chères

    Être journaliste n’est pas donné à tous. Le nombre de postes est réduit et nombreux sont ceux qui abandonnent l’idée d’être journaliste pour trouver un boulot plus stable.

    3 – Le journaliste n’est pas forcément corrompu

    la plupart des journalistes sont issus des mêmes milieux que les politiciens, chefs d’entreprise et autres DRH. Cela ne veut pas forcément dire qu’il y a connivence entre eux (même si certains restent amis et plus si affinités) mais qu’ils partagent de fait des valeurs et des enseignements proches.

    4 – Les « enquêtes »

    Le journaliste ne passe pas sa vie à faire des enquêtes. D’ailleurs, on appelle « enquête » de simples reportages qui n’ont rien d’une enquête : passer une journée dans une maternité n’est pas une enquête. Médiapart est réputé pour proposer de la vraie enquête, avec de la vraie recherche.

    5 – Les envoyés spéciaux ne sont pas légion

    Pas plus qu’il n’est envoyé spécial dans de nombreux pays. Pour la plupart des journalistes, la vie au travail se déroule la plupart du temps dans un bureau, au téléphone. Les journalistes régionaux sont peut être ceux qui sont amenés à bouger le plus. Pour couvrir les manifestations internationales, les plus grands journaux peuvent être amenés à envoyer un de leurs journalistes sur place (mais rarement plus qu’un) mais embauchent la plupart du temps des pigistes (indépendants) qui se trouvent sur place.

    6 – Le journaliste n’a pas le temps

    Les journalistes courent après le temps autant qu’ils attendent. Ils courent après le temps pour être les premiers à écrire un papier ou à donner une information. Et ils passent leur temps a attendre des réactions, des interviews… L’arrivée d’Internet a entrainé une tendance au je publie d’abord et je vérifie après.

    7 – Le journaliste n’est pas riche

    Tout le monde n’est pas Claire Chazal, Jean-Jacques Bourdin (ie. les grandes figures du journalisme actuel).

    8 – Neutralité vs objectivité

    Le journaliste a-t-il vocation à donner son avis ou à être le plus neutre possible ? La question reste ouverte et n’a jamais été complètement réglée. L’édito est un modèle d’article où le journaliste peut livrer son avis. L’angle d’un papier (la façon dont le sujet est traité) est déjà une façon d’aborder une question. Exemple : Asile : le vrai coût de l’accueil des réfugiés en France (titre du Figaro) n’augure pas le même article et les mêmes positions que Petit guide pratique pour venir en aide aux réfugiés (titre de Rue89) (ok, j’ai pris deux extrêmes, mais on comprend l’idée).

    *****

    Vous travaillez dans le journalisme et vous voulez réagir (pour ou contre ce point de vue) : exprimez vous dans les commentaires 😉 et si vous avez beaucoup à dire, je vous proposerai de témoigner dans un article de cette série. Vous avez un boulot méconnu ou violemment touché par les préjugés (je pense aux policiers / avocats / médecins / informaticiens / scientifiques) : venez témoigner. Enfin, l’idée n’est pas de réserver cet espace au monde professionnel : vous avez des connaissances en botanique, en premier secours, en animaux, ou êtes familier d’un pays que l’on connait peu ou mal… Je serai contente de partager votre témoignage 🙂

    Crédit image : Une journaliste en train de lire son travail. (Pixabay, CC0)

    23 octobre 2015 5 comments
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Marièke

Passionnée d'écriture et autrice, je partage sur ce blog depuis 2012 mes recherches, mes découvertes et mes projets liés à l'écriture. Je crois que l'écriture n'est pas un talent inné et qu'elle s'apprend. Apprenons-la ensemble.


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